3 erreurs qui coûtent cher en tant que jeune avocat

Par Joris Schmit — 2026-08-14

Joris Schmit, avocat au barreau de Blois, partage son expérience pour éviter 3 erreurs qui pourraient coûter cher à des jeunes avocats.

Joris Schmit, avocat au barreau de Blois, conseille les futurs avocats ainsi que les jeunes praticiens pour éviter des erreurs en début de carrière.

Interview réalisée le 29 juillet 2026 • Paris • Par Cassandre Thevin

En 1 minute chrono

3 erreurs sont à éviter en tant que jeune avocat :

  1. Pécher par excès de confiance ;

  2. Trop s'éparpiller et avoir trop de dossiers ;

  3. Ne pas être confraternel.

Erreur n° 1 : Pécher par excès de confiance

Une des erreurs, un peu à l'opposé du syndrome de l'imposteur, ce serait de pécher par excès de confiance. C’est-à-dire d'être convaincu de la véracité de notre démonstration, et par conséquent, de ne pas forcément penser à aller vérifier certains points, comme vérifier s'il n'y a pas une prescription dans un dossier.

Malheureusement, ça peut entraîner la perte d'un dossier. Pas la perte au sens de « je n'ai pas le dossier », mais plutôt au sens « je suis débouté parce que je n’ai pas été suffisamment diligent et qu'il y a éventuellement un point que je n'ai pas vu ».

 

Et ça, en tant qu'avocat, c'est très important, parce qu’on a une obligation de conseil. Même si cela n’est pas une obligation de résultat, on a quand même une obligation de moyens extrêmement importante, où on doit aussi aller chercher tous les arguments qui peuvent permettre à nos clients d'obtenir gain de cause. 

Donc, en résumé, la première erreur selon moi est d’être trop confiant en ses arguments.

💡 Bon à savoir : ce n'est pas au client de prouver que son avocat ne l'a pas conseillé, c'est à l'avocat de prouver qu'il l'a fait. Le principe posé pour le médecin en février 1997 (Cass. 1re civ., 25 févr. 1997, n° 94-19.685) a été étendu à l'avocat quelques semaines plus tard (Cass. 1re civ., 29 avr. 1997, n° 94-21.217). 

🧰 Le réflexe à prendre dès le premier dossier

3 automatismes qui coûtent quelques minutes, mais qui peuvent vous éviter des erreurs dans vos débuts : 

  1. La fiche prescription en ouverture de dossier : date des faits, texte applicable, point de départ, date butoir ;

  2. Le mail de synthèse après chaque rendez-vous ou décision importante : ce que vous avez conseillé, les options écartées et pourquoi ;

  3. L'archivage : la responsabilité professionnelle impose de conserver actes et pièces pendant au moins cinq années, afin de produire le cas échéant les preuves déchargeant l'avocat de tout ou partie de sa responsabilité.

💡 Lire aussi : Comment choisir son cabinet d'avocats ?

Erreur n° 2 : trop s’éparpiller et avoir trop de dossiers

Au fur et à mesure qu'on développe son activité, on peut accepter trop de dossiers par peur de manquer de travail. Pourquoi ? 

Parce que notre activité n’est pas forcément linéaire, elle est en dents de scie. 

Il y a une période durant laquelle on va être très sollicité, puis peut s’ensuivre une période de « vache maigre » où on a moins d'appels, ce qui peut être stressant. Donc parfois, on va être amené à vouloir accepter tous les dossiers qui viennent, et peut-être même des dossiers qui ne sont pas dans notre domaine de compétence initiale. 

Et ça, je trouve que c'est assez dangereux. 

D'une part, si on a trop de dossiers, on va avoir tendance à se disperser, voire oublier certaines choses, certains délais, comme déposer une requête trop tardivement ou manquer un délai de prescription. Ces éléments peuvent entraîner notre responsabilité et dans ce cas de figure, c'est l'assurance responsabilité professionnelle qui est engagée. 

D’autre part, et ceci découle de mon premier point, c’est mauvais pour la réputation auprès des clients, mais aussi auprès des autres avocats de l'ordre.

💡 Bon à savoir : d’après une enquête menée par Pamplemousse Magazine auprès de plus de 1 000 répondants, 52 % des avocats estiment avoir déjà été proches du burn-out à cause de la profession. Soit 1 avocat sur 2, c’est énorme. 

Or, l'épuisement ne surgit jamais d'un coup : il se construit dossier après dossier, chacun paraissant raisonnable pris isolément (même si la surcharge n’est évidemment pas l’unique cause des burn-out). Dès lors, accepter tous les dossiers pour « sécuriser » son activité est souvent le premier pas vers l'épuisement qui la fera cesser.

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Erreur n° 3 : ne pas être confraternel


La troisième erreur, ça serait de ne pas être confraternel. Quand on est avocat, on est parfois en concurrence. Et dans ce cadre, ne pas être confraternel, pour moi, ce serait faire preuve de duplicité, envoyer des conclusions au dernier moment ou faire preuve de mauvaise foi. 

💡 Le saviez-vous ? Envoyer ses écritures la veille de la clôture n'est pas seulement discourtois, c'est procéduralement risqué. L'article 135 du Code de procédure civile permet au juge d'écarter du débat les pièces qui n'ont pas été communiquées en temps utile.

Je pense que c'est une erreur fondamentale, parce qu’on a quand même un serment avec des obligations de confraternité, de délicatesse, mais encore une fois, c’est aussi une question de réputation. 

Et avoir une mauvaise réputation auprès de nos confrères, c'est se tirer une balle dans le pied dès le début. 

💡 Bon à savoir : les poursuites pour infractions à la délicatesse, à l'honneur, à la probité et à la confraternité peuvent entraîner des sanctions disciplinaires jusqu'à l'interdiction temporaire, avec publicité possible de la décision (art. 183 et 184 du décret n°91-1197 du 27 novembre 1991).

On a prêté serment, on a différents principes déontologiques que l'on doit respecter, et ces principes-là, ils ne sont pas là pour faire joli. Ils sont la base même de notre serment, et c'est extrêmement important pour nous de pouvoir les respecter.

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